Les événements de Toulouse ont mis en pause la campagne présidentielle pour un temps. A peine se souvient-on d’une proposition de campagne du candidat Nicolas Sarkozy qui touchait potentiellement les mariages franco-étrangers, donc interculturels. Dans le cadre d’une intervention dans l’émission « Des paroles et des actes », le 6 mars dernier sur France 2, il avait exprimé sa volonté de limiter le rapprochement familial des étrangers conjoints de français en proposant d’aligner les conditions d’obtention du visa de long séjour sur celles du regroupement familial : le montant des ressources et la surface du logement seraient désormais pris en compte.
L’association Les amoureux au ban public a immédiatement réagit sur son blog :
« Ainsi, les citoyens français ayant des revenus faibles ou instables, ceux qui sont employés en contrat précaire, ceux qui touchent une petite retraite, ceux qui décident de vivre dans une certaine précarité pour poursuivre des études prolongées ou reprendre une formation professionnelle n’auraient donc plus le droit de mener leur vie familiale en France auprès de leur conjoint étranger !!! Conditionner le respect des droits fondamentaux de citoyens français à leur niveau de revenu…, le Président candidat a manifestement une curieuse conception de l’égalité républicaine. »
Un combat s’est alors organisé visant à rendre public le positionnement des candidats à l’élection présidentielle et de leurs partis politiques respectifs sur la thématique des couples binationaux. Cette demande de transparence a pour but de disposer d’une base à partir de laquelle les associations pourront les interpeller après les élections. Sur 5 candidats, trois ont répondu.
Eva Joly: « Mon parcours personnel me rend particulièrement sensible à la situation des couples binationaux : en tombant amoureuse d’un français, je suis devenue amoureuse de la France qui m’a accueillie les bras ouverts et qui m’a permis de devenir française rapidement. Je suis très touchée et choquée par les situations des personnes victimes de réglementations et de procédures de plus en plus suspicieuses à leur égard, et qui les empêchent de vivre en famille et de s’épanouir. C’est donc naturellement et sans réserve que je m’engage sur vos 8 articles ainsi que sur les propositions concrètes qui en découlent. »
François Bayrou, lui répond, dans une lettre : « Votre dénonciation du caractère discriminant de certaines enquêtes et contrôles de vérification de la réalité des liens du couple soulève des difficultés réelles et profondes. Les contrôles portent effectivement sur la vie privée. Mais vous savez aussi qu’ils sont généralement destinés à détecter les risques de mariages blancs. Pour François Bayrou, le droit au séjour et à l’entrée des étrangers doit pouvoir mieux prendre en compte la protection de la vie privée des couples et des familles binationales. Le droit à la vie privée doit être respecté, et ce, conformément aux engagements internationaux de la France. Le droit au séjour et à l’entrée des étrangers doit être clarifié : les critères doivent être transparents, clairs, objectifs et ne laisser aucune place au pouvoir arbitraire. L’examen des demandes ne saurait être guidé par des objectifs politiciens et par la politique du chiffre… »
Pour Jean-Luc Mélanchon: « Le Front de gauche est également pleinement engagé dans la bataille pour l’égalité des droits entre français et étrangers. En tant que candidat, je défends la régularisation de l’ensemble des personnes sans papiers, le respect total du droit au regroupement familial et un accès facilité et automatisé à la nationalité française pour tout résident étranger qui le demande et résidant depuis 5 ans sur notre territoire. Nous avons un slogan clair : « Notre République ? Même sol, mêmes droits ! ». Notre France est riche de son métissage. Je me félicite que 13 % des enfants nés en France sont issus de couples mixtes, contre 6 % il y a dix ans. Nous devons faire France de tout bois. Les discours et dispositions législatives fustigeant les « mariages gris », voulant instaurer une police des cœurs et des mœurs, plaçant systématiquement le/la futur-e conjoint-e étranger-e dans le rôle du suspect sont intolérables. »
Le candidat François Hollande qui avait également été sollicité début mars par l’association Les Amoureux au ban public, avait promis de répondre mais ne l’a, apparemment, jamais fait. Sa réponse, n’a, en tout cas, pas encore été rendue publique.
Et puis? Plus rien. Personne n’a parlé de l’intégration des couples binationaux – interculturels (pourtant au moins 15% des mariages en France) depuis. Les couples binationaux, mixtes, interculturels, s’étaient-ils alors invités dans la campagne présidentielle ou ont-ils été instrumentalisés ? La suite de la campagne nous le dira…
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