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Mariages mixtes franco-polonais révélateurs de deux réalités de la condition sociale de la femme dans le couple.

16/04/2012

Dominique Giabiconi avait écrit il y a quelques années un excellent article sur les mariages mixtes franco-polonais qui avait été publié dans la Revue Européenne des Migrations Internationales.  A la fin de son étude il a mis en évidence deux réalités sociales presque à l’antipode l’une de l’autre  mais qui semblaient pourtant motiver dans la majorité des cas des mariages mixtes entre polonaises et français.

D’un côté, les étudiantes et les jeunes filles au pair (primo-migrantes) semblaient majoritairement s’engager dans une union mixte. Les premières ont quitté leur pays pour faire des études, et les deuxièmes, si elles étaient entrées en France avec un statut de jeunes filles  au pair, avaient, généralement, l’intention de changer de statut après quelques temps et de poursuivre des études. Il y avait donc là une logique de promotion sociale déjà existante avant leur mariage mixte qui devenait, alors un moyen possible de concrétiser ce statut social recherché.

Giabiconi écrivait :

« Le projet de s’installer ou de se marier en France n’est pas obligatoirement présent lors de la première arrivée. Mais la constitution d’un couple et la cohabitation rapide sont une voie possible pour l’ancienne jeune fille au pair de devenir étudiante. En effet, immergée dans un environnement étranger où le droit de travailler légalement ne lui est pas ouvert, le couple est l’« enveloppe » qui lui permet de développer ses projets. La mise en ménage ne semble pas être le résultat d’une stratégie migratoire d’établissement. Le mariage avec un conjoint étranger s’inscrit dans la logique de la dynamique de promotion sociale initiée avant le départ vers la France. »

L’autre catégorie de femmes polonaises s’engageant dans un mariage mixte est celle qui sont en recherche de stabilité sociale. En effet, dans certains pays existe une véritable « féminisation de la pauvreté. »  Le chômage touche particulièrement durement les femmes, un veuvage ou un divorce les rend singulièrement vulnérables. Echapper à leur réalité sociale est alors une motivation forte, et le mariage mixte, dans ce cas devient un moyen  de concrétisation.

« Comme a pu le montrer Rotkirch (2004) dans ses travaux sur les migrations féminines russes en Finlande, ces personnes sont souvent des soutiens de famille. L’aide apportée aux enfants mineurs ou même adultes est alors au cœur des motivations migratoires de ces femmes. Rien ne s’oppose plus à l’installation à l’étranger voire au mariage lorsque le pays d’origine est devenu synonyme de précarité et qu’il ne subsiste plus de vie conjugale. La mise en couple et plus généralement l’installation à l’étranger constitue le moyen le plus efficace pour ces femmes non seulement d’assumer leurs responsabilités familiales mais aussi de pouvoir échapper à leur situation en Pologne. Ces femmes ne sont pas comme le premier groupe dans une dynamique de promotion sociale, d’accès à un statut mais plutôt dans la recherche d’une stabilité sociale. »

Il ne s’agit pas de porter un jugement sur les motivations des femmes ou des hommes s’engageant dans les mariages mixtes ou interculturels. Ces mariages existent – ils sont déjà bien présents dans notre société. De plus, il existe d’autres motivations ou prédispositions possibles que nous étudierons par la suite. Il est toutefois important de ne pas négliger l’existence de réalités sociales bien présentes dans ces mariages interculturels. Si, souvent, ces couples partagent une certaine endogamie sur un plan social malgré leur exogamie sur le plan culturel, il arrive que parfois le fossé économique soit grand. Cela peut poser, potentiellement deux problèmes. Premièrement, le mariage interculturel peut devenir un mariage non pas entre deux époux mais un mariage entre un époux et un autre époux "accompagné"  de toute sa famille (qu’il ou qu’elle a l’obligation morale ou culturelle de soutenir économiquement) La découverte de cette réalité sociale est parfois déroutante. Deuxièmement, dans la cas où le mariage mixte se termine par un divorce, plus grande peut être alors la vulnérabilité du conjoint étranger qui cherchait un meilleur avenir pour lui et les personnes qu’il ou qu’elle  soutenait. Par exemple, ils ne pourront plus envoyer des médicaments au pays, un petit frère ou une petite sœur qui ne pourra faire ses études, etc…  Si la personne a pu obtenir des papiers, ce sera alors « la course aux petits boulots » avec la pression ou l’obligation morale d’y arriver à tout prix.

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