Mariages mixtes franco-polonais révélateurs de deux réalités de la condition sociale de la femme dans le couple.
Dominique Giabiconi avait écrit il y a quelques années un excellent article sur les mariages mixtes franco-polonais qui avait été publié dans la Revue Européenne des Migrations Internationales. A la fin de son étude il a mis en évidence deux réalités sociales presque à l’antipode l’une de l’autre mais qui semblaient pourtant motiver dans la majorité des cas des mariages mixtes entre polonaises et français.
D’un côté, les étudiantes et les jeunes filles au pair (primo-migrantes) semblaient majoritairement s’engager dans une union mixte. Les premières ont quitté leur pays pour faire des études, et les deuxièmes, si elles étaient entrées en France avec un statut de jeunes filles au pair, avaient, généralement, l’intention de changer de statut après quelques temps et de poursuivre des études. Il y avait donc là une logique de promotion sociale déjà existante avant leur mariage mixte qui devenait, alors un moyen possible de concrétiser ce statut social recherché.
Giabiconi écrivait :
L’autre catégorie de femmes polonaises s’engageant dans un mariage mixte est celle qui sont en recherche de stabilité sociale. En effet, dans certains pays existe une véritable « féminisation de la pauvreté. » Le chômage touche particulièrement durement les femmes, un veuvage ou un divorce les rend singulièrement vulnérables. Echapper à leur réalité sociale est alors une motivation forte, et le mariage mixte, dans ce cas devient un moyen de concrétisation.
Il ne s’agit pas de porter un jugement sur les motivations des femmes ou des hommes s’engageant dans les mariages mixtes ou interculturels. Ces mariages existent – ils sont déjà bien présents dans notre société. De plus, il existe d’autres motivations ou prédispositions possibles que nous étudierons par la suite. Il est toutefois important de ne pas négliger l’existence de réalités sociales bien présentes dans ces mariages interculturels. Si, souvent, ces couples partagent une certaine endogamie sur un plan social malgré leur exogamie sur le plan culturel, il arrive que parfois le fossé économique soit grand. Cela peut poser, potentiellement deux problèmes. Premièrement, le mariage interculturel peut devenir un mariage non pas entre deux époux mais un mariage entre un époux et un autre époux "accompagné" de toute sa famille (qu’il ou qu’elle a l’obligation morale ou culturelle de soutenir économiquement) La découverte de cette réalité sociale est parfois déroutante. Deuxièmement, dans la cas où le mariage mixte se termine par un divorce, plus grande peut être alors la vulnérabilité du conjoint étranger qui cherchait un meilleur avenir pour lui et les personnes qu’il ou qu’elle soutenait. Par exemple, ils ne pourront plus envoyer des médicaments au pays, un petit frère ou une petite sœur qui ne pourra faire ses études, etc… Si la personne a pu obtenir des papiers, ce sera alors « la course aux petits boulots » avec la pression ou l’obligation morale d’y arriver à tout prix.