Les couples interculturels lancent (au moins) 3 défis à l’Eglise aujourd’hui
J’étais invité au Forum du DEFAP à Rouen le weekend dernier par PROJET MOSAIC où j’ai eu l’occasion d’animer deux ateliers sur les couples interculturels: quels défis et spécificités pour l’Eglise aujourd’hui. A cette occasion, j’ai suggéré aux pasteurs et responsables laïcs présents trois défis qui me semblent importants dans le cadre de l’Eglise: l’accueil, la préparation au mariage et le suivi pastoral. Voici un extrait de ma présentation:
L’ACCUEIL : Accueillir ces couples « différents » dans nos églises. La question de l’accueil se décline de deux manières, celle de l’accueil de l’étranger et celle de l’accueil du couple interculturel.
Concernant l’accueil de l’étranger dans l’Eglise, sommes-nous prêts à accueillir un ou une « autre » différent de nous ? Quelqu’un qui a un accent que nous ne comprenons pas toujours (ou "est-ce son niveau de français ?"), une couleur de peau différente, une façon de saluer, de se comporter différemment ? Quelqu’un qui a un vécu différent, une ou des traditions différentes ? Avons-nous grandi dans la crainte ou le rejet d’une certaine culture et laquelle, d’un pays, et lequel, d’une « race » et laquelle ? Attention à ne pas répondre trop rapidement car il y a nécessité pour chacun d’entre nous à bien s’examiner pour confronter les préjugés que nous pouvons avoir développés dans nos milieux familiaux et gardés jusqu’à aujourd’hui. C’est parfois celui ou celle contre lequel nous avons développé un préjugé qui franchira les portes de notre église. Comment allons-nous alors l’accueillir?
L’accueil du couple franco-étranger ou interculturel dans l’Eglise n’est pas plus simple même si l’un d’entre eux nous ressemble plus. Si nous trouvons souvent ces enfants métissés « mignons », qu’en est-il de leurs parents, des couples ? Quelle est notre attitude face à un couple dont l’homme est blanc et la femme de couleur ? Mais quelle est surtout notre attitude lorsque l’homme est africain ou asiatique, marié à une personne blanche, française qui pourrait être notre sœur, notre fille, notre nièce, une personne de notre famille ? Lorsque nous devrons aller vers eux, irons d’abord vers le conjoint qui nous ressemble le plus ou vers l’étranger ? En nous entretenant avec eux, qui regarderons-nous le plus ? Qui allons-nous écouter le plus ? La parole de l’un aura-t-elle plus d’importance que la parole de l’autre, consciemment ou inconsciemment – et pourquoi ? Telles sont des pistes de réflexion sur l’accueil de l’étranger et des couples interculturels dans nos églises.
LA PREPARATION AU MARIAGE. Lorsqu’un couple interculturel se présentera à nous pour demander la célébration de mariage et, avant, une préparation au mariage, comment allons-nous les aider ? Qu’allons-nous leur proposer ? Allons nous utiliser le matériel pastoral que nous avons toujours utilisé malgré les différences culturelles au sein de ces couples? En d’autres termes allons-nous préparer au mariage un couple interculturel comme nous préparons au mariage un couple dont les conjoints ont la même nationalité, la même culture ? Plus précisément, préparons-nous au mariage un couple franco-africain, franco-maghrébin, franco-asiatique comme nous préparons au mariage un couple de bretons ou d’alsaciens ?
L’ACCOMPAGNEMENT ET LE SUIVI PASTORAL. Comment nous, pasteur ou laïc, étranger aux différences culturelles de l’un ou de l’autre des conjoints allons-nous pouvoir intervenir lorsque les difficultés se présenteront et qu’ils nous solliciteront ? Comment comprendrons-nous les différences culturelles que vivent ces couples au quotidien et qui parfois sont comme des mines qui explosent alors qu’ils ne s’y attendaient pas? Comment comprendrons-nous leurs incompréhensions mutuelles, nous qui sommes parfois totalement étranger à leurs présuppositions, leurs traditions et coutumes ? Les problématiques que j’avais évoquées pour l’accueil se repose dans ce contexte : Qui allons-nous écouter le plus ? Celui ou celle qui parle le plus (ou le mieux) ? La parole de l’un aura-t-elle plus d’importance que la parole de l’autre parce que sa parole ressemble à la mienne ?
L’accueil, la préparation au mariage, l’accompagnement et le suivi pastoral sont trois défis que les couples interculturels lanceront à nos églises et nos équipes pastorales. Ne pas y répondre ou mal y répondre provoquera une frustration, une incompréhension et un rejet. Je rencontre des couples qui ont été consciemment ou inconsciemment blessés dans des églises et par des églises et qui se sont retirés et, dans le pire des cas, éloignés de la foi. Question : si l’Eglise ne sait ou ne peut les accueillir, où iront-ils ? Pour reprendre la thématique de notre forum, si le monde est chez nous, la mission commence dans la paroisse, là où nous vivons.